Période d’essai pour les CDI : Flexibilité ou sécurité

Le 5 décembre 2014 à 15 h 39 min, par Franck Margain
Gérard Collomb

Gérard Collomb

La semaine dernière, une idée, déjà usée, nous est proposée par Gérard Collomb, Sénateur-Maire Socialiste pour que les contrats à durée indéterminée (CDI) aient une période d’essai de deux ou trois ans, offrant ainsi « plus de flexibilité au début du contrat ». Au début du contrat ! Parce que pour lui, le début du contrat se compte en années…

Selon lui, cela permettrait à l’employeur d’avoir le temps d’évaluer le salarié. Mais faut-il réellement plusieurs années pour évaluer la compétence d’un salarié ?

Et il précise que « la sécurité augmenterait au fil du temps ». Autrement dit, jamais, s’il faut attendre trois ans pour pouvoir toucher une indemnité de licenciement ridicule.

C’est cela que les ultralibéraux appellent la « flexisécurité ». Si ce mot peut signifier quelque chose dans certains pays du nord de l’Europe, il semble n’être qu’un leurre en France. Dans notre pays, il s’agit malheureusement de flexibilité sans la sécurité qui est censée l’accompagner.

La flexiblité existe en France. Les licenciements sont déjà faciles. En effet, la plupart des gens embauchés en ce moment le sont en contrats précaires et il ne semble pas que cela ait augmenté les embauches.

D’autre part, le fameux CDI soi-disant ultra-protecteur au point d’empêcher le licenciement, est en réalité un contrat à la sécurité déjà minimale. Ainsi, la période d’essai renouvelable une fois, est de 8 mois au maximum pour les cadres, et de 4 mois maximum pour les ouvriers et employés. N’est-ce pas largement suffisant pour évaluer ?

Et après la période d’essai, les indemnités de licenciement restent très raisonnables pour l’employeur, sauf évidemment lorsqu’il s’agit de cadres supérieurs aux indemnités monstrueuses, et aux parachutes dorés. D’ailleurs, pour cette catégorie, les ultralibéraux trouvent étrangement normale la compensation de départ…

Concrètement, pour un salaire de 1 500 euros (qui est le salaire moyen des non-cadres), et une ancienneté de 3 ans, le salarié touche 900 euros d’indemnité. Et pour une ancienneté de 12 ans, c’est 4 000 euros. Est-ce astronomique ?

La flexibilité existe donc déjà. Et jamais un CDI n’a empêché un licenciement. On se demande alors pourquoi le peu de sécurité qui reste est tant décrié.

Le prétexte de faciliter les embauches est mensonger. En réalité, il s’agit de mettre en oeuvre de manière aveugle et inhumaine la religion Ultra-libérale. C’est ce qui explique qu’on pointe du doigt comme chose honteuse, d’être un salarié « très protégé » (soi-disant) en CDI. L’insécurité sociale voilà le dogme ultralibéral.

Il faudrait sortir de ce piège sémantique et de cette logique perverse et réfléchir à une véritable solution qui convienne à toutes les parties.

La priorité actuelle n’est pas de faciliter les licenciements mais de faciliter les embauches. Les employeurs n’ont pas peur de licencier. Ils ont peur d’embaucher. Et les employés n’ont pas peur d’être licenciés mais de ne pas être embauchés.

Cette peur est l’expression même de l’insécurité existante. Et c’est cette insécurité qui sclérose les rapports de travail. Par conséquent, ce sur quoi il faut travailler, ce n’est pas la flexibilité qui existe déjà, mais la sécurité. Sécurité non pas au sens de contrat emprisonnant les parties, mais de cadre d’apaisement des rapports de force.

La sécurité peut venir de la simplification juridique, par exemple la mise en place d’un contrat de travail unique, avec embauche facile. Elle peut venir d’une simplification et d’une stabilité fiscale. L’amélioration de Pôle emploi y contribuerait grandement, s’il était davantage tourné vers l’aide personnalisée à la recherche d’emploi au lieu d’être principalement un lieu administratif. Et ce n’est qu’après avoir ainsi sécurisé l’environnement qu’on peut envisager d’assouplir davantage, mais certainement pas avant. La flexibilité n’est pas la cause de la sécurité. Elle en est une conséquence.

Au-delà des aspects techniques, la sécurité vient principalement d’une attitude politique qui ne cesse de privilégier le fort sur le faible. Dans un environnement économique de plus en plus complexe et dur, des millions de gens sont laissés sur le bord de la route parce qu’ils sont trop fragiles pour suivre le rythme trop rapide et souvent inhumain de notre société. C’est en pensant à eux que nous devons proposer et légiférer. C’est pourquoi, les démocrates-chrétiens authentiques prônent une sécurité qui flexibilise la vie économique et non pas une flexibilité qui insécurise les acteurs.

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