L’Écosse change la donne

Le 13 septembre 2014 à 13 h 37 min, par Franck Margain

Le Premier ministre David Cameron devrait connaître la devise attribuée couramment au Cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son propre détriment»…

La victoire d’un oui à l’indépendance de l’Écosse concernera chacune des 4 nations de l’ensemble fédéral britannique communément appelé Royaume-Uni. Cependant, l’enjeu est différent dans chacune des nations qui composent notre Etat voisin.

L’indépendance de l’Écosse sera, une nouvelle fois pour les Irlandais du Nord, une opportunité de relancer la guerre violente qui oppose unionistes et indépendantistes. Ce vote n’aura, en fait, pas de lien proche avec le débat sur la construction européenne mais le choix entre une réaffirmation d’identité et l’intégration dans le Royaume. L’équilibre fragile risque d’être rompu, avec une forte chance de retrouver sa sœur du Sud.

Le Pays de Galles, lui, sera animé par une volonté d’indépendance anti-anglaise : ils voudront s’affranchir de la mort de Lewellyn et retrouver leur indépendance. Le tournoi des six nations nous rappelle chaque année que ce pays de bardes est plus attaché à ses racines bretonnes. Cependant, ils ne souhaitent pas s’enfermer dans un isolationnisme dont ils ont beaucoup souffert à l’époque d’Henri VIII, suite à son choix de dissocier l’Angleterre de Rome. Ce qui lui valut d’ailleurs une place de second rang jusqu’au XIXème siècle, où les défaites Napoléoniennes remirent en selle le Royaume. Les Gallois, ralliés massivement à l’Eglise méthodiste, quittèrent l’Eglise d’Angleterre et conservèrent ainsi leur langue, leur culture et attendent leur revanche.

Le Référendum sur la sortie de l’Europe sera très différent si l’Écosse reste ou pas dans le Royaume-uni. L’Angleterre, sans aucun doute, votera massivement en faveur d’une sortie de l’Europe. C’est un peuple peu enclin aux langues étrangères avec un des plus faibles taux européens de jeunes en études supérieures. Son populisme anti-européen est largement entretenu par les élites britanniques. Ils feront de ce vote une marque toute britannique. Les bastions les plus réfractaires du Sussex, Midlands et North England s’opposeront au Yorkshire et Lake District ou Devon. Voici la guerre des deux roses revue et corrigée au XXIème siècle. La disparition des « Plantagenets » au profit des « Tudors » qui en fut la conséquence devrait amener David Cameron à la prudence quant à sa propre survie politique.

C’est l’Écosse où la fronde indépendantiste est la plus violente et déjà politiquement organisée. Le référendum d’autonomie de l’Ecosse jeudi  prochain  va probablement constater la sortie de ce royaume de l’Etat fédéral britannique. Indépendante, l’Ecosse renforcera techniquement ses liens avec la communauté Européenne. L’Écosse, depuis l’avènement de la reine très française Marie Stuart, a tissé des liens très profonds avec la France. Pays ouvert sur le monde, et très instruit (un des plus fort taux européen d’étudiants en Université), il sera le précurseur de l’éclatement du Royaume Uni. Ce sera un pas supplémentaire vers l’Europe des régions. Les Écossais vont ouvrir plus largement  l’Europe des régions, et suivront la Catalogne mais pourquoi pas la Bavière et l’éclatement de l’Italie…

Mr Cameron , en cas de victoire du oui porte un coup mortel à l’Europe des États-Nations. 

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