L’Europe, la France et les régions que nous voulons

Le 10 juin 2014 à 12 h 24 min, par Franck Margain

Réforme territoriale

Carte officielle de la réforme territoriale (10/06/2014)

Les Etats-Unis sont un pays immense au découpage administratif complexe : État fédéral, États fédérés, district fédéral, comtés, townships, municipalités, réserves indiennes, etc. Ce mille-feuilles administratif complexe ne semble pourtant pas être un handicap fondamental pour la première puissance mondiale.

A l’inverse, en France, le découpage administratif est devenu un sujet de préoccupation. On ne cesse de dénoncer le « mille-feuilles administratif », à propos duquel de nombreux députés, et ministres, nous disent qu’ils « n’y comprennent plus rien » (ce qui est assez inquiétant …).

Quoi qu’il en soit, sous des motifs déclarés divers, de coûts, de complexité, d’alignement européen et de pensée unique, on nous propose depuis des années une réforme territoriale, une réorganisation des collectivités territoriales.

Déjà, sous la présidence Nicolas Sarkozy, le gouvernement de l’époque avait tenté une réforme encourageant la fusion des communes, mettant en place un transfert des compétences de la commune vers l’intercommunalité et le regroupement de départements et de régions. De plus, pour simplifier le « mille-feuille administratif », il a prévu la création d’une nouvelle couche : « la métropole » pour gérer les aires urbaines de plus de 500 000 habitants. C’était assez contradictoire…

Aujourd’hui, sous la présidence François Hollande, revoici ce projet sous une forme à peine différente, et sans réflexion suffisante. On apprend que l’intercommunalité regroupera quatre fois plus d’habitants et tendra à remplacer la commune, étant donné qu’elle accaparera un certain nombre de ses compétences. Les régions seront regroupées pour atteindre une « taille européenne ». Et le département disparaîtra en tant que collectivité territoriale, ses compétences seront transférées à l’échelon inférieur ou supérieur.

Ces deux réformes procèdent du même esprit, de la même idéologie. Cela est assez simple : l’intercommunalité remplace la commune, la région le département, et l’Europe la France. Qu’en déduire ? Que les territoires seront gérés toujours plus loin des gens ; que ce processus éloigne la décision du citoyen ; que la subsidiarité est foulée au pied ; que les identités locales sont niées. Ceci n’est pas de la rationalisation, c’est bien plus de la déstructuration, de la destruction.

En ce moment, toute l’organisation de notre société est attaquée en même temps. La loi Taubira s’était attaquée à l’institution de la famille. Aujourd’hui c’est au tour des territoires.

Il faut réagir et s’opposer à cela au nom du respect de la personne humaine, de l’amour de la France, et d’une vision de la construction européenne qui ne se fait pas en se coupant de toutes nos racines. Construire une Union européenne, ce n’est pas faire table rase de ce qui préexiste. Une Europe forte ne peut se fabriquer sur les ruines de nos Etats-nations.

Les Chrétiens-démocrates ne peuvent que s’opposer à pareille œuvre car ils portent une vision de l’organisation du territoire essentiellement attachée au principe de subsidiarité et de respect de la primauté de la personne humaine. La commune, héritière de la paroisse, est une subdivision administrative à taille humaine, proche du citoyen. Quant au département, il a été conçu spécifiquement pour être à taille humaine : le chef-lieu devait être accessible en moins d’une journée de cheval, aujourd’hui moins d’une heure en voiture dirons-nous. La création de super-régions à taille inhumaine est en contradiction avec cette philosophie.

Les Chrétiens-démocrates ont une vision de la France avec des racines et une culture. On ne peut pas accepter de découper le territoire au hasard, sans tenir compte des identités locales culturelles, historiques et économiques… Or on voit bien comment les regroupements de régions se font selon des arrangements politiciens totalement déconnectés de l’intérêt des territoires. Le Poitou pourrait aller avec le Limousin ou l’Aquitaine, selon le bon vouloir des barons socialistes. Comment accepter cela ?

Les Chrétiens-démocrates ont une vision globale de l’aménagement du territoire, centrée sur le bien de la personne humaine et le bénéfice globale d’une réorganisation. Il n’est pas acceptable que seuls comptent les critères de rentabilité immédiate. Un redécoupage administratif et territorial n’est pas anodin. Il a un coût énorme et des effets géographiques très importants dont il faut tenir compte. Et le gain économique n’est pas aussi évident que le gouvernement le prétend. A-t-on chiffré le coût du transfert d’une administration ?

Étant donnée l’impréparation et l’amateurisme de ce gouvernement, cela pourrait se transformer en un vaste chaos. Et au final, cette pseudo-réforme coûtera des milliards d’euros, alors qu’elle est censée économiser l’argent public.

Il est possible d’améliorer l’organisation existante sans tout détruire. Mais pour cela il faut du temps, de la réflexion et placer l’homme au cœur de la réforme et non pas un graphique comptable défaillant.

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