L’énergie du futur se développe aujourd’hui

Le 10 mai 2014 à 10 h 46 min, par Franck Margain
Hydrolienne de Paimpol

Projet d’hydrolienne d’EDF testée en baie de Paimpol.

Il y a une question essentielle pour tout pays, mais qui crée polémique et division. Alors qu’elle devrait être un sujet de discussion prioritaire, elle est de nos jours un sujet quasi-tabou. C’est la politique énergétique. A l’heure des élections européennes, on ne peut faire l’économie de traiter de ce sujet majeur. Loin d’être un simple problème national, c’est en fait un des points essentiels de la politique internationale.

L’Union européenne s’est fixée comme objectif d’obtenir 20% de son énergie à partir de sources d’énergie renouvelables en 2020. Ces énergies renouvelables sont l’éolien, le solaire, l’hydroélectricité, l’énergie marémotrice, géothermique et la biomasse. C’est une bonne chose, et il semble que l’objectif sera atteint.

La trajectoire est donc bonne, mais cet objectif manque totalement d’ambition. Il est très éloigné des enjeux collossaux auxquels nous sommes confrontés.

Les travaux de compilation et d’évaluation scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), montrent une élévation de la température, due à l’accumulation de gaz à effet de serre d’origine humaine, provoquant une élévation du niveau de la mer, des phénomènes climatiques extrêmes plus fréquents (inondations, sécheresses, tempêtes), affectant gravement la sécurité alimentaire du monde, et pouvant mener à une augmentation des conflits internationaux.

Or le développement des énergies renouvelables est encore trop souvent caricaturé comme étant une affaire de personnes rétrogrades qui veulent retourner à l’état de nature et s’éclairer à la bougie. Cette question est fondamentale et mérite mieux que des caricatures.

Il s’agit en fait de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de pollution atmosphérique dans un contexte de crise écologique majeure. Combien d’écosystèmes allons nous détruire pour que nos voitures roulent grâce au moteur à explosion et polluent l’air qu’on respire ?

Il s’agit de réduire voire de supprimer la dépendance aux importations d’énergie dans un contexte géopolitique tendu. Combien de guerres allons-nous encore supporter pour préserver nos approvisionnements et garder le prix de l’électricité à des niveaux qui nous agréent ?

Il s’agit d’encourager l’innovation en matière de technologies énergétiques. Combien de temps allons nous rester arqueboutés sur les technologies du passé ? Le pétrole et le gaz sont des énergies du passé. Pourquoi ne pas développer de nouvelles technologies ?

Le nucléaire est une énergie intéressante à plusieurs égards. Mais on doit malgré tout pouvoir discuter de sa pertinence pour le futur. Ses défenseurs en parlent comme de l’énergie ultime, propre, sûre, bon marché. La réalité n’est évidemment pas aussi idyllique… Les déchets nucléaires produits restent nocifs pendant des millénaires ; le moindre accident de type Fukushima peut avoir des conséquences catastrophiques sur des millions de personnes ; et le coût de fabrication, d’entretien et de démentellement des centrales est extrêmement élevé. Quant à l’approvisionnement en uranium, il pose le problème de la dépendance… Il faut donc réfléchir à une réelle diversification. Il ne semble pas raisonnable de mettre tout ses oeufs dans le même panier technologique. Or 75 % de l’électricité française est produite à l’aide de l’énergie nucléaire. Il faudrait diminuer sensiblement cette dépendance.

Enfin, développer les énergies renouvelables revient à créer de très nombreux emplois allant de la recherche fondamentale à la technique d’installation en passant par l’ingénierie.

Pour toutes ses raisons, il est nécessaire de militer activement pour une politique énergétique ambitieuse, fondée sur la diversification des sources. Le nucléaire est un avantage pour la France dans la mesure où il peut servir de levier pour faciliter le changement, sans repasser par les énergies du XIXe siècle comme le charbon. Mais il ne faut pas qu’il soit érigé en barrage à toute évolution, car il est loin d’être la panacée énergétique. L’énergie du futur se développe aujourd’hui. Et plus on tardera à commencer la transition plus on grèvera le futur.

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