Supprimer le SMIC : riche idée ou idée de riche ?

Le 30 avril 2014 à 11 h 41 min, par Franck Margain

Au moment où l’Allemagne s’achemine vers la mise en place d’un salaire minimum, le SMIC est aujourd’hui contesté en France.

Certains lui reprochent d’être un frein à l’emploi, une sorte de barrière qui bloquerait l’embauche. Les entreprises hésiteraient ainsi à embaucher à cause de ce seuil incompressible de salaire. Il semble donc, dans l’esprit de certains, que 1 129 euros nets par mois ce soit encore trop payé… Ils préconisent de supprimer ce seuil ou de l’abaisser.

Cette proposition des idéologues ultralibéraux de droite et de gauche ne tient de toute évidence aucun compte des personnes. Elle manipule des variables économiques, des chiffres, des statistiques. La personne humaine n’est considérée que comme une variable. Elle n’est apparemment pas la finalité de ces calculs. Et c’est ainsi qu’on aboutit à un raisonnement qui, pour supprimer le chômage, propose de travailler pour un salaire qui ne permet pas de vivre. Ce qui est proposé c’est tout simplement la stagiarisation des travailleurs.

On note que cette idée émerge d’un gouvernement socialiste et qu’elle est portée par des économistes de gauche. On note aussi que cette proposition intervient juste après les réformes dites sociétales. Ainsi, après avoir fragilisé la famille dans ses structures symboliques et juridiques, le gouvernement socialiste va finir par fragiliser la famille dans ses moyens de subsistance. Il est triste de constater cette convergence générale vers une fragilisation toujours plus aigüe de la société. L’obsession de la compétitivité-prix va finir par écraser les personnes. Et ceci n’est pas acceptable. La personne humaine ne doit pas être vue comme une variable d’ajustement au service de la compétitivité-prix, n’en déplaise au gouverneur de la banque de France.

Il faudrait se mettre un instant à la place des millions de personnes en France qui touchent le SMIC. Comment survivent-ils ? Le loyer moyen en France est de 611 euros par mois. Il reste donc 518 euros après loyer. Il faut payer l’électricité, l’eau, le gaz, le transport. Que reste-t-il pour manger ? Que reste-t-il pour épargner, faire des projets d’avenir ?

Ce n’est qu’en tenant compte de cette situation humaine qu’on pourra avoir une réflexion efficace sur une solution au chômage. Car c’est en effet un problème majeur en France. Il y a aujourd’hui plus de 5 millions de personnes sans emplois. Et cela ne fait que s’aggraver.

Réfléchissons sur cette idée d’abaisser le SMIC pour permettre l’accès à l’emploi. A supposer que cette idée soit efficace, ce qui reste à démontrer, elle n’est acceptable que si elle est fortement amendée, encadrée et conditionnée. D’abord, cela doit être transitoire, par exemple concerner un jeune qui a du mal à accéder à un premier emploi ou une personne en chômage de longue durée qui n’arrive pas à retrouver un emploi. Cet éventuel micro salaire doit être aussi temporaire, limité dans le temps, par exemple 6 mois au-delà desquels la personne doit accéder à un salaire décent. Cela doit également être limité à un nombre maximum par entreprise pour éviter les abus et le détournement du système. Enfin, et c’est certainement le plus important, cette idée ne peut pas être acceptable sans la mise en place, en parallèle, d’un système d’aide sociale efficace, un amortisseur de revenu.

Depuis des années, le PCD milite pour la mise en place d’un revenu de base. En quoi consiste-t-il ? C’est un revenu universel, inconditionnel, inaliénable, distribué à chaque citoyen, de la naissance à la mort, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie.

Ce revenu de base est une remise à plat de la distribution dans notre pays. Il permet de refondre l’ensemble des allocations et aides aujourd’hui distribuées (plus de 280 milliards reparties en plus 100 prestations) pour aboutir à une seule. De nombreux économistes estiment que le montant de ce revenu pourrait être de 400 euros par adulte et 200 euros par enfant.

Ce revenu de base présente de nombreux avantages. Il simplifie le système social où se nichent de nombreuses iniquités. Il permet de reconnaître à chacun son rôle dans la société et encourage le lien national. Il ne décourage pas l’activité professionnelle. Au contraire, il permet une plus grande sérénité dans la recherche de l’emploi.

Ce revenu doit être également accompagné d’une réforme aussi profonde du système fiscal, plus équitable, qui encourage la famille, et rapproche la fiscalité du travail et du patrimoine.

A l’heure où le gouvernement doit faire des choix de modernisation, et non plus de simples ajustements, cette idée révolutionnaire du revenu de base doit s’imposer comme un des outils de la politique sociale.

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