Pour la gratuité des moments de repos

Le 3 octobre 2013 à 10 h 51 min, par Franck Margain

Le Monde a publié aujourd’hui ma tribune sur le travail le dimanche. Je vous invite à la retrouver ici en exhaustivité :

Télécharger la tribune parue dans Le Monde

« Cette semaine, la question du travail le dimanche est revenue dans le champ médiatique. Encore une fois. Et d’une manière assez agressive. 14 magasins Castorama et Leroy Merlin ont ouvert le dimanche 29 septembre, en Île-de-France, bravant la loi de la République et les décisions de justice, pour imposer leur loi : celle de l’argent.

C’est encore une occasion de constater qu’il existe dans le champ politique une ligne de partage idéologique bien profonde, fondée sur une certaine vision de l’Homme et de la société, et qui ne correspond pas forcément aux lignes de partage partisanes. Cette différence s’est fait remarquer assez subtilement lors du débat sur le mariage pour les couples de même sexe. Aujourd’hui on la retrouve dans la question du travail le dimanche.

Le travail le dimanche existe déjà, évidemment, mais comme exception dans certains métiers indispensables, les professions de restauration, et dans les zones à fort caractère touristique. C’est l’intelligence de la loi « Mallié » même si elle demeure perfectible. Mais le débat qui chemine de manière sous-terraine n’est pas celui du travail exceptionnel le dimanche, mais celui de sa transformation en une règle habituelle. Il s’agit donc ni plus ni moins d’une transformation du dimanche en un jour ouvrable ordinaire, et donc d’un changement profond de notre société.

Bien entendu, tous les arguments sont bons pour nous convaincre du bien-fondé de ce changement. Travailler le dimanche permettrait de relancer la consommation, et donc alimenterait la croissance. Comme si les gens avaient tellement d’argent à dépenser, malgré la crise, qu’après avoir fait leurs courses le samedi, ils dépenseraient encore le dimanche. Non ! Des études ont bien montré qu’il n’y aura qu’un simple report de la consommation d’une journée sur l’autre. Il peut même y avoir un report de la consommation d’un secteur sur un autre. Les personnes qui vont faire leurs courses le dimanche ne prennent pas ce temps pour aller au restaurant, au cinéma, dans les musées.

On nous dit même qu’il s’agit d’une nouvelle liberté, celle de pouvoir faire ses courses le dimanche ! La liberté d’acheter, de consommer… On oublie juste dans cette affaire la liberté de se reposer pour les personnes obligées de travailler le dimanche… Il ne s’agit là que d’une liberté illusoire, un asservissement supplémentaire du travailleur.

D’ailleurs, on remarque que ces entreprises qui contreviennent à la loi, font preuve d’un grand cynisme. Ils sous-payent leurs employés et les poussent ainsi à revendiquer eux-mêmes la fin des lois qui les protègent. Mais les salariés ne doivent pas se laisser abuser. Il est assez clair qu’une fois que le dimanche sera ouvrable, les employés n’auront plus aucune compensation financière… Et ils verront très rapidement que les cents euros supplémentaires par mois gagnés aujourd’hui disparaîtront comme ils sont apparus. Il ne leur restera plus que l’obligation de travailler et de se taire.

La paupérisation de notre économie est une réalité. Pour remédier à cette situation une fausse bonne réponse : travailler le dimanche. Et bien, moi, je regarde ce qui se passe en Europe !

Là où l’économie est la plus compétitive, là où le taux de chômage est le plus bas, qui en enregistre un surplus budgétaire, est un pays où les magasins ferment le samedi à 18h : c’est l’Allemagne.

Là où le travail le dimanche a été ouvert, avec un cadre législatif censé protéger les employés, on dénombre la fermeture de 32 000 entreprises – représentant non moins de 90 000 emplois ! – et on observe une baisse d’au moins 6% des ventes : c’est l’Italie.

Là où l’économie enregistre un déficit public de plus de 6%, un taux de chômage de 8%, un endettement de 1 700 Milliards d’Euros, une inégalité criante entre les citoyens, les commerces sont ouverts tous les jours et même la nuit : c’est l’Angleterre.

Là où on constate une baisse de 7% des ventes de détail, là où le petit commerce a perdu 5.7% d’emploi, alors que l’ouverture des magasins a été grandement libéralisée il y a un an dans l’espoir d’enrayer la crise : c’est l’Espagne.

C’est dans une Europe compétitive, qui accompagne le salarié et non l’emploi, libérée d’un état omniprésent et coûteux, que nous trouverons la réponse au chômage chronique que nous subissons, et non dans une société qui se rapproche chaque jour de l’équation des pays du Tiers monde.

En tant que chrétien-démocrate, je me bats de façon constante contre une société qui se déshumanise sous la pression de l’ultra-libéralisme et des lobbies. Il est nécessaire, pour la pérennité d’une société, pour la santé de ses citoyens et la cohésion sociale, que les personnes aient une journée de repos en commun afin de permettre un véritable équilibre personnel et collectif.

Tout ce débat, cache mal, en réalité, une certaine conception de la société fondée sur le tout économique. Il n’y a plus de place pour la vie de famille, pour la gratuité des moments de repos, pour les moments où l’on se retrouve avec ses enfants pour faire des activités culturelles, sportives, cultuelles ou autres. En fait, on nous dit que seul compte ce qui s’achète et se vend. Et même une seule journée de repos par semaine, commune à toute la société, semble excessive pour cette idéologie inhumaine.

Cela révèle une certaine vision de l’être humain : une simple machine à produire et à consommer. Le message politique des promoteurs du travail le dimanche c’est : Produit, consomme et meure !

Mais moi, je m’y oppose. Ce n’est pas l’homme qui doit être au service de l’économie, mais c’est à l’économie d’offrir un service aux hommes. »

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Merci pour cette tribune ! Enfin une voix politique qui ajuste l’économie à l’humain et non l’inverse

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