« La lutte des classe ou la paix des classes. Les propositions du PCD pour revivifier notre société. »

Le 22 avril 2013 à 10 h 18 min, par Franck Margain

Retrouvez mon intervention lors du colloque conclusif du département Société, Liberté, Paix, du pôle de recherche au Collège des Bernardins le 19 avril 2013.

Mesdames, Messieurs,

Depuis quelques mois, une idée ancienne, séculaire même, a resurgi dans nos médias, dans notre champs de réflexion politique. C’est l’idée de lutte des classes. Elle n’a pas surgi de nulle part, elle n’est pas une création du hasard. Lorsque Karl Marx développait cette idée au XIXe siècle, il ne le faisait pas du fond d’une retraite désertique où il exerçait son imagination. Il a développé cette idée après observation des injustices de son époque, devant les innombrables difficultés de ses contemporains à vivre, devant les offenses de l’ère industrielle contre l’homme qui n’avait que sa force de travail pour survivre, le prolétaire. Aujourd’hui encore, si cette idée resurgit c’est parce que l’injustice économique et sociale se fait ressentir de manière cruelle.

Il est vrai que dans nos sociétés occidentales riches, la misère a très fortement reculé par rapport au XIXe siècle. Les enfants ne travaillent plus dans les usines de filage du coton pendant 12 heures par jour. Mais il suffit au citoyen de sortir quelques minutes de son milieu confortable pour se rendre compte que la misère existe encore, son visage prenant d’autres formes. Beaucoup de gens sont dans des situations de vie difficiles. Nos sociétés riches ont développé des systèmes de redistribution sociale pour atténuer les effets néfastes du système économique. Mais on est bien obligé de reconnaître que ce système de redistribution dysfonctionne.

Et les injustices dans nos sociétés sont désormais criantes, difficilement supportables. Quand on voit que la moitié des Français gagne moins de 1 653 euros par mois (c’est à dire entre le SMIC et le SMIC plus 200 euros) et que certains insolents osent dire que les salaires en France nuisent à la compétitivité, qu’est-ce que c’est sinon un scandale ? Lorsqu’on observe que plus de 2 millions de personnes touchent le Revenu de solidarité active qui est de 483,24 euros par mois, et qu’on entend certains outrecuidants dire que c’est encore trop, qu’il faut baisser ce revenu pour que les gens qui touchent le SMIC ne soient pas jaloux, qu’est-ce que c’est sinon de l’humiliation sociale ? Quand 10 % de la population est au chômage tandis qu’1 % de la population accapare des richesses inouïes, n’est-ce pas là une inégalité excessive ? Le mérite a de moins en moins droit de cité dans nos sociétés. La naissance prime plus que jamais, perpétuant les inégalités sociales et les creusant même.

Ces injustices profondes indignent. Elles poussent à la colère et à la révolte. Et certains se laissent même envahir par la haine et sont tentés par la violence. C’est dans ce contexte que renaît l’idée de lutte des classes.

Or ces problèmes de notre société doivent être résolus. Et il n’y a que deux chemins : soit la lutte des classes, soit la paix des classes. Et c’est cette dernière qui est le choix du PCD.

Le PCD est un parti dont la doctrine politique veut reposer sur la doctrine sociale de l’Eglise. Il assume la pensée et l’héritage chrétiens. Dans cette ligne, le PCD fait donc le choix de la paix des classes comme chemin de concorde et de vivre ensemble, comme moyen de résolution de ces problèmes politiques, économiques et sociaux.

Qu’est-ce que la paix des classes ? C’est l’application dans les domaines politique économique et social de l’injonction divine d’être des artisans de paix. C’est l’idée que les injustices seront annihilées par la paix et non par la guerre. Mais la paix au sens le plus profond, le plus plein. Il ne s’agit en aucun cas d’un calmant idéologique pour mieux asservir le prolétariat. Il ne s’agit pas de créer une dissuasion idéologique pour éviter le conflit social. La paix véritable n’est pas la seule absence de guerre. Comme le dit l’ancien pape Benoît XVI, « la paix est à la fois don messianique et œuvre humaine » ; « la paix est principalement réalisation du bien commun des différentes sociétés » ; « La paix est un ordre vivifié et structuré par l’amour » dans lequel « chacun ressent comme siens les besoins et les exigences d’autrui, fait partager ses propres biens aux autres ».

C’est sur cette paix-là que nous voulons construire la paix des classes. Cette paix interdit l’exploitation du pauvre par le riche. Elle exclut l’humiliation. Elle ne tolère pas l’injustice. Nous croyons qu’en étant des artisans de paix nous résoudrons les problèmes auxquels notre monde contemporain est confronté.

Prenant appui sur cette idée, le PCD traduit cela en propositions politiques concrètes.

1. PCD pro-vie

Tout d’abord la paix ne peut se construire sans le respect de la vie de sa conception jusqu’à son terme naturel. Ainsi, le PCD se veut un parti politique pro-vie. Il milite pour offrir des alternatives à l’avortement pour les femmes en difficultés. Quoi de plus injuste que devoir avorter par manque d’argent ?

Et à l’autre bout de la vie, le PCD refuse l’euthanasie et le suicide assisté. Il milite pour que les personnes en souffrance en fin de vie soient soulagées de leur peine par un accompagnement adapté et non par une piqure pour s’en débarrasser.

2. PCD pro-famille

Ensuite la paix se construit avant tout dans la famille. La famille est la cellule de base de la société. Elle pousse à l’entraide. Elle éduque à la paix. C’est pourquoi, le PCD se veut un parti qui protège la famille. Il protège la famille en combattant les tentatives de déstabilisation du mariage. Les autres formes d’union ne doivent pas le dénaturer. Le PCD promeut le mariage comme l’union entre un homme et une femme.

3. PCD pro-liberté religieuse

Par ailleurs la paix ne peut se construire en ignorant les droits fondamentaux, notamment la liberté religieuse. Dans ce domaine, le PCD milite particulièrement en soutien des Chrétiens d’Orient dont l’existence même est menacée notamment en Syrie. Il réprouve tout soutien aux groupes extrémistes anti-chrétiens qui sévissent dans le monde. On ne peut diffuser la démocratie par la guerre. Et la défense de nos intérêts stratégiques ne peut se faire au prix du sang des innocents.

4. PCD pro-travailleurs

Ces points préalables étant posés, il faut aborder la partie économique et sociale de notre projet qui est au cœur de notre discussion d’aujourd’hui. Le PCD est pour la liberté d’entreprise, et l’économie de marché. Nous ne sommes pas communistes. Néanmoins, le PCD désapprouve les « idéologies du libéralisme radical » (Benoît XVI) qui mettent l’être humain au service de la croissance. L’homme n’est pas une simple variable économique. L’économie doit être ordonnée en fonction de l’être humain et  on l’inverse. C’est l’homme qui doit primer.

On observe aujourd’hui une tendance à la déshumanisation des relations de travail. Prenez les entretiens d’embauche. Les jeunes se voient conseiller par exemple d’être le plus neutre et impersonnel possible, de se contenter d’énoncer leur parcours sous forme de faits, de compétences, de dates. On leur explique la plupart du temps qu’il faut qu’ils soient standardisés. S’habiller de telle façon, parler de telle façon, même le port des bras et la position des mains sur la table sont désormais codifiés. En somme, on transforme l’homme en robot. Cela rappelle étrangement cette phrase de Karl Marx dans Le Capital : « le prolétaire n’est qu’une machine à produire de la plus-value, le capitaliste n’est qu’une machine à capitaliser cette plus-value ». Face à cela, il nous faut encourager un nouveau mode de relations professionnelles, plus humain.

Allant dans ce sens, on encourage le développement d’une nouvelle organisation du travail en entreprise fondée sur une plus grande participation des travailleurs dans le capital. Il faut développer un nouveau modèle économique où le capital est moins détaché du travail. Il nous faut explorer une nouvelle voie qui serait un capitalisme de sociétaires sur le modèle des sociétés mutualistes. Et cela est loin d’être une utopie : la plupart des banques et des assurances sont déjà mutualistes. Il restera évidemment toujours à humaniser davantage les systèmes…

Par ailleurs, nous devons dans cette même optique, combattre le chômage. Il s’agit pour nous de protéger le travailleur et pas forcément le travail, protéger l’employé et pas toujours l’emploi. Dans un système économique un tant soit peu libre, certains emplois sont parfois détruits pour de multiples raisons. Nous ne sommes pas de ceux qui exigent que ces emplois soient maintenus à tout prix, artificiellement. Mais nous exigeons que ces emplois détruits ne détruisent pas l’employé. Nous devons créer les conditions pour qu’il retrouve un emploi plus facilement, qu’il soit accompagné humainement.

Cet accompagnement n’existe presque pas aujourd’hui. Il existe bien une institution, Pole Emploi. Mais celle-ci est si réduite en nombre de personnes qui y travaillent et en moyens qu’elle se contente d’être une administration de remplissage de dossiers. La relation qui s’établit entre la personne qui cherche un emploi et l’employé de Pôle Emploi est presque exclusivement administrative. Remplir un papier, donner un justificatif, recevoir une allocation, s’inscrire et se désinscrire. Mais il n’y a guère d’accompagnement humain. Il n’y a pas le temps. Accompagnement humain ne signifie pas commisération et pleurs collectifs. Cela signifie par exemple avoir un même référent avec des contacts fréquents, qui ne se contente pas de donner de vagues conseils mais qui apporte une aide pour construire des candidatures, rédiger le CV, contacter les entreprises, veiller ainsi à ne pas laisser les gens seuls et désemparés.

Avec cet accompagnement, nous devons aussi créer les conditions pour que nul ne tombe jamais dans la misère.

Parmi nos idées phares dans ce domaine il y a le dividende universel. C’est une véritable révolution contre la misère, une modernisation profonde de notre État-Providence. Aujourd’hui, des millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Et beaucoup ne touchent aucune aide parce qu’ils ne savent même pas la réclamer. Pourtant la France dépense 280 milliards d’euros de prestations sociales, hors sécurité sociale et retraite. Notre idée consiste à redistribuer autrement cette énorme quantité d’argent en remplaçant toutes les aides et allocations existantes par une allocation unique dont les modalités sont simples. Un revenu sera versé à chaque citoyen français, de manière inconditionnelle, dès la naissance. Tout adulte recevra 400 euros mensuels. Chaque enfant 200 euros. Tout le monde aura un compte, sans formulaire à remplir. Tout sera centralisé : guichet unique, allocation unique, montant unique. Ce dividende universel sera un filet de sécurité pour ne jamais tomber dans l’extrême précarité, sans être une incitation à l’oisiveté. Et ce sera un signe d’appartenance à la communauté nationale.

Enfin il ne faut pas négliger un aspect très important de notre système économique : « la structuration éthique des marchés monétaires, financiers et commerciaux est fondamentale et incontournable; ceux-ci seront stabilisés et le plus possible coordonnés et contrôlés, de façon à ne pas nuire aux plus pauvres. » (Benoît XVI)

Le PCD pour une Europe confédérale.

L’Europe connaît aujourd’hui une paix inédite dans son histoire. Et la construction européenne, qui n’allait pas du tout de soi après la guerre mondiale, n’est pas étrangère à cette paix.

Or, aujourd’hui, dans notre pays, certains cherchent à rendre cette Union Européenne, responsable de nos problèmes sociaux nationaux. Ils répandent l’idée que l’enfermement dans les frontières nationales est protecteur. Ils déclarent vouloir « réhabiliter la frontière » « contre l’Europe fédérale ». Cette idée est illusoire et stérile et porteuse d’un nationalisme déguisé malvenu.

Face à ce doute sur l’Europe, je souhaite citer Jean Monnet qui, dans son discours au Comité de Libération Nationale le 5 août 1943, avait dit :
« Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur une base de souveraineté nationale, avec ce que cela entraîne de politique de prestige et de protection économique […] Les pays d’Europe sont trop étroits pour assurer à leurs peuples la prospérité et les développements sociaux indispensables. Cela suppose que les Etats d’Europe se forment en une fédération ou en une entité européenne qui en fasse une unité économique commune. »

C’est encore ce que nous pensons, nous Chrétiens démocrates. Nous sommes pro-européens. Mais plus précisément, vers quelle Europe voulons-nous aller ?

Le PCD est en faveur d’une Europe confédérale, qui intègre ces différents membres, progressivement, chacun au rythme qui convient à sa situation, mais qui achemine tous ses membres à terme vers une confédération. Il y aurait ainsi dans un premier temps un groupe de pays très intégrés, et d’autres un peu moins. Et à terme, on aurait une Europe avec un gouvernement supranational élu par les peuples européens, qui respecterait l’intégrité et l’identité de chaque nation par l’application stricte du principe de subsidiarité. Il subsistera donc dans chaque pays les institutions gouvernementales qui le dirigent.

Ainsi, avec ces propositions, le PCD souhaite contribuer à construire la paix dans nos sociétés. Nous devons chacun œuvrer à cette paix pour être digne de cette promesse : « Heureux les artisans de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu ».

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