Visite du pape au Liban : arrêtons les préjugés sur les chrétiens d’Orient

Le 17 septembre 2012 à 16 h 18 min, par Franck Margain

En mai 1997, le pape Jean-Paul II a fait un voyage apostolique au Liban. Dans ce petit pays d’à peine 3,5 millions d’habitants, 500 000 personnes s’étaient rassemblées pour suivre la messe. Ce fut un moment important de l’histoire du Liban où le pape avait affirmé au monde l’importance de ce pays et sa mission historique de montrer que les différentes confessions peuvent vivre ensemble dans la paix. A l’occasion de la signature de l’Exhortation apostolique post-synodale de l’Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des Évêques, le pape Benoît XVI a fait une visite historique au Liban, du 14 au 16 septembre 2012. Dans les moments très difficiles qu’ils traversent, les Chrétiens de tout le Moyen-Orient ont placé une grande espérance dans cette visite, comme l’a souligné récemment le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal. L’enthousiasme soulevé par cette visite montre une face méconnue du Moyen-Orient : le visage des Chrétiens d’Orient. C’est donc l’occasion de casser quelques idées reçues fausses. C’est aussi l’occasion de se souvenir du rôle indispensable de ces populations pour la paix au Moyen-Orient. Ces minorités sont méconnues et pourtant elles sont précieuses. Les Chrétiens sont certes minoritaires mais représentent tout de même plus de 15 millions de personnes. Ils sont minoritaires mais ne sont pas des intrus dans ce Moyen-Orient. Ils y sont enracinés depuis 2000 ans… Ils sont minoritaires mais ne vivent pas en marge, isolés. Au contraire, ils sont excellemment bien intégrés dans leur environnement. Ils ne sont pas non plus des agents de l’Occident. Leur fidélité à leur patrie ne peut pas être mise en doute. Pour autant, ils constituent pour l’Occident et surtout pour la France, une voie de communication avec ce Moyen-Orient complexe dont ils sont les meilleurs interprètes. Et cela depuis des siècles. Souvenons-nous, parmi tant d’exemples, du savant libanais, le père Gabriel Sionite, qui, au XVIIe siècle, a été professeur au collège de France à Paris et interprète du roi Louis XIII… Dans ces temps de division et de tension entretenue, les Chrétiens d’Orient constituent un ferment de paix. Leur rôle actuel au Liban le montre avec force. Combien de fois au cours de ces dix dernières années, les Chrétiens au Liban ont servi de tampon pacifiant entre Sunnites et Chiites ! Le prix de cette présence est inestimable. Et pourtant ces Chrétiens ne sont pas pris en compte dans les politiques étrangères occidentales dont ils subissent trop souvent les conséquences néfastes (en Irak, en Syrie, au Liban…). Cela, ajouté aux conditions difficiles dont ils souffrent souvent dans cette région, les pousse au départ. En Egypte, des dizaines de milliers de jeunes Chrétiens ont quitté leur pays à la suite de la soi-disant « révolution démocratique ». Il faut soutenir ces minorités qui constituent le sel de la terre de cette région sous tension. Il faut les aider à rester et à se maintenir dans cet Orient qui est aussi le leur. Les pousse-à-la-guerre en Syrie devraient s’en souvenir.

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