Retrouvez ma tribune sur le financement de la dépendance dans les Echos

Le 5 janvier 2011 à 11 h 35 min, par Franck Margain

Dépendance : ne pas réduire le débat au seul financement

http://www.lesechos.fr/opinions/points_vue/0201009801403-dependance-ne-pas-reduire-le-debat-au-seul-financement.htm

La ministre des Solidarités, Roselyne Bachelot, a annoncé la tenue d’une grande consultation sur la dépendance au premier semestre 2011. Il est important de cadrer dès maintenant un débat qui serait un échec s’il n’était (comme on peut le redouter) abordé que sous l’angle de son financement.

C’est avant tout de la dignité de personnes dépendantes dont il est question, avant d’être un enjeu médical ou de coûts pour la Sécurité sociale. On ne guérit pas de la perte d’autonomie et, avant de se pencher sur le financement de la dépendance, il est indispensable de mener une réflexion politique, sociétale et humaine sur la façon dont notre société souhaite gérer cette question.

Les réponses à la dépendance ne viendront évidemment pas du tout assistanat ou du tout commercial et l’on doit inventer de nouvelles formes de prise en charge. Ainsi, le développement des solidarités de proximité est essentiel et pourra contribuer à traiter une grande partie du problème. Les familles seront les premières concernées, mais aussi les solidarités de voisinage, d’amitié ou associatives. C’est la question des aidants et de l’aide qu’il faudra leur apporter en les formant, en les accompagnant et en les soutenant.

Comment, par exemple, aider une femme de soixante-cinq ans à s’occuper de sa mère de quatre-vingt-dix ans ? Comment permettre à un bénévole de s’occuper efficacement de ses voisins en situation de dépendance ? L’éventualité d’une indemnité, sous une forme particulière afin de leur donner efficacité et motivation, n’est pas nécessairement choquant tant que n’est pas perdu le principe de gratuité de l’action, qui a une valeur essentielle. Toutes ces pistes méritent d’être débattues.

Les solidarités existent, mais ne peuvent pas masquer le phénomène d’isolement dont souffrent beaucoup de personnes âgées, y compris dans les grandes villes. L’inégalité ressentie d’une politique fondée sur la seule famille traditionnelle serait vite dénoncée, mais, d’autre part, celle basée sur le financement massif de structures d’accueil et de personnels à domicile serait intenable.

L’écueil majeur à éviter dans cette réforme est la constitution d’une charge insupportable pour l’Etat qui aurait pour corollaire inévitable le refus de la solidarité auprès des plus âgés. Des sociétés très avancées en Europe refusent déjà la gratuité des soins au-delà d’un certain âge et le risque important qu’encoure notre nation face à la réduction de ce débat de la dépendance à sa seule charge financière est une acceptation plus ou moins tacite de la sélection des soins, voire, plus grave, de l’euthanasie. La responsabilité vis-à-vis de nos aînés est le parallèle de la fraternité entre les générations, pilier de notre république.

L’essentiel du débat ne doit pas être concentré, je l’ai dit, sur les méthodes ou les moyens de financement, mais il n’en est pas moins vrai que des ressources devront être trouvées : il ne faut pas pourtant céder aux sirènes d’une toujours plus grande taxation des entreprises. Je crois inévitable à terme une augmentation graduelle de la CSG versée par les personnes âgées, tout en sachant qu’elle ne concernera que les moyens et hauts revenus de retraités, car les plus basses retraites, qui concernent un pourcentage élevé de la population, peuvent difficilement être réduites.

La création d’une journée de solidarité sur le thème de « travailler plus pour être plus solidaire » répondrait au pragmatisme dont cette réforme a besoin et la récupération sur succession, surtout alors que les droits de succession ont baissé, doit être explorée.

Enfin, la principale mesure d’assurance obligatoire des plus de 50 ans apparaît également opportune en dépit de ses limites évidentes : c’est l’âge où une majorité de nos concitoyens disposent des plus hauts revenus, alors qu’ils ont accédé à la propriété et que leurs charges relatives aux enfants commencent à baisser (notamment dans les classes sociales les moins avantagées). La ponction sera ainsi moins lourde.

Les pistes de financement soumises à l’arbitrage du gouvernement sont donc nombreuses, mais nous ne devons pas oublier que le débat doit être avant tout centré sur ce que l’on finance, puisqu’il est ici question de dignité des personnes dépendantes et de la solidarité d’une France moderne.

Franck Margain est vice-président du Parti chrétien-démocrate et conseiller régional d’Ile-de-France.

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