TRIBUNE : Non à l’immigration, oui à l’immigré!

Le , par Franck Margain

Canal Saint-Martin à Paris, France, 15 février 2018. REUTERS/Gonzalo Fuentes

 

En France, l’immigration est un sujet social et politique majeur par son ampleur et ses effets. Pourtant il a longtemps été interdit d’en parler librement. C’était un tabou auquel seul le Front National osait contrevenir. Au pays de la liberté d’expression, des censeurs puissants disaient qu’il ne fallait « pas que la parole se libère » par peur du « racisme »! Il a donc fallu que la situation s’aggrave beaucoup pour que le tabou saute.

Aujourd’hui, il y a deux positions dominantes: celle des libéraux, et celle des nationalistes. Les libéraux sont favorables à l’immigration. Car ils considèrent l’immigré comme une simple ressource économique, un objet qu’on utilise pour faire de l’argent. C’est lui, l’immigré, qui soutient la démographie française par sa présence et parce qu’il fait plus d’enfants. Il augmente la taille de la population active et du marché des consommateurs. C’est un travailleur pauvre, qui ne rechigne pas à effectuer les travaux pénibles pour un salaire de misère. C’est finalement un outil pratique pour les libéraux. Dans un contexte de chômage systémique massif, il permet de maintenir forte la pression sur les salaires et donc la compétitivité-prix.

De l’autre côté, les nationalistes sont opposés à l’immigration parce qu’ils voient dans l’immigré un élément perturbateur de la société qu’ils voudraient totalement stable voire figée, comme un tableau dans un musée. Et c’est vrai que l’immigré est différent. Il appartient à une ethnie différente de celles qui ont constitué la France depuis des siècles. Il a d’autres références culturelles, d’autres religions. Sa manière d’être, de penser sont différentes. Il faut l’avouer, il vient perturber, déranger l’ordre établi. Sans parler des problèmes de sécurité réels qui se posent parfois.

Et ces deux courants idéologiques proposent des politiques en conséquence. Les libéraux encouragent l’immigration, parce qu’ils veulent des ressources. Et on le voit avec la loi immigration-asile; ils légifèrent pour gérer ce phénomène de manière administrative: tel délai, tel papier, telle procédure. C’est de la gestion de stock, de ressources. Les nationalistes, eux, veulent décourager l’immigration. Alors ils proposent de construire des murs physiques et juridiques. Ils veulent rendre la France moins accueillante, pour arrêter les « pompes aspirantes ».

Entre ces deux courants, les Français sont sommés de choisir. Mais la plupart d’entre nous éprouvons un malaise face à ça. On voit bien que les uns et les autres peuvent parfois avoir des arguments qui se tiennent, mais il manque toujours quelque chose. Comme si la question n’est pas traitée de la bonne manière. Et en y réfléchissant, on finit par comprendre ce qui pose problème. Ni les uns ni les autres ne se soucient des immigrés, de ces personnes humaines qu’on a en face de soi.

Alors, il apparaît évident qu’il y a besoin d’une troisième voie qui traiterait la question de l’immigration sous l’angle de l’humanité. Humanité pas mièvrerie.

Pour cela, il faut faire le vrai constat de la situation du point de vue de la personne humaine. Il y a un énorme flux migratoire. Des millions de gens viennent chez nous depuis l’Afrique et l’Asie. Et cette migration massive est un drame. Car CE N’EST PAS NORMAL que des millions de gens soient obligés de quitter leurs pays à cause de la guerre ou de la misère. CE N’EST PAS NORMAL que des familles syriennes quittent leurs villages pour venir mendier dans les rues de Paris. CE N’EST PAS NORMAL! Comment peut-on être favorable à l’immigration quand on comprend la souffrance qui la génère?

Nous devons donc lutter contre ce qui cause ce drame. Il faut arrêter d’alimenter les guerres, notamment en Syrie. Il faut arrêter la vente d’armes. Il faut arrêter la prédation économique. Il faut augmenter massivement l’aide au développement pour aider ces gens à vivre dans leurs pays.

Et ce n’est qu’une fois qu’on a dit cela, c’est à cette condition impérative qu’on peut affirmer sans hypocrisie qu’il faut accueillir avec humanité et fraternité les gens qui viennent chez nous.

Accueillir ce n’est pas très facile. Il n’y a que ceux qui vivent dans les tours d’ivoire qui affirment le contraire ou alors ceux qui ne comprennent pas le sens du mot accueil. Accueillir, ce n’est pas se contenter de laisser les gens mendier dans nos rues. Ce n’est pas ça accueillir. Accueillir c’est traiter avec hospitalité et exigence. C’est héberger peut-être temporairement, car accueillir ne signifie pas forcément laisser s’installer définitivement. C’est préparer une éventuelle intégration définitive dans notre société, avec tout le soin que cela doit comporter: apprentissage de la langue, des coutumes, des lois, trouver du travail, un logement, etc. C’est coûteux humainement, socialement, économiquement. Mais c’est indispensable. Or, depuis des années, l’accueil n’est pas fait correctement. Et la société française est profondément destabilisée à cause de cela, d’autant plus qu’elle a oublié son histoire, et ses racines, ce qui la rend fragile.

Il devient vital donc pour la France de traiter la question de l’immigration. Et cette troisième voie qu’on pourrait qualifier de chrétienne-démocrate, différente de celle des libéraux et des nationalistes, est la solution. Elle dit non à l’immigration, mais oui à l’immigré. Elle est exigeante et responsable. Elle se soucie d’abord de la personne humaine. Cette vision nous permettra de sortir grandis d’une situation difficile, en introduisant cette nuance fondamentale entre immigration et immigré.

Nous devons soigner les causes profondes de l’immigration pour tarir ce phénomène qui n’est pas souhaitable dans cette forme massive. Et nous devons accueillir fraternellement ceux qui viennent chez nous pour le bien de notre propre société et le leur. Et ce faisant, nous pourrons transformer ce drame humain en une véritable rencontre enrichissante.

Les nationalistes nous invitent à nous lamenter et à rejeter, les libéraux à fermer les yeux. A terme, leur manière de voir nous conduira à préparer nos valises ou notre tombe. Mais nous, ouvrons bien les yeux, sans naïveté, et relevons ce défi. Et laissons-nous bousculer par la nouveauté de l’immigré. Cet immigré et sa différence nous renvoient à ce que nous sommes. Le rencontrer en vérité non seulement nous ouvre à la diversité de ce monde et peut nous enrichir, mais aussi nous aide et nous oblige à redécouvrir ce que nous sommes, notre propre richesse, notre identité profonde, et particulièrement nos racines chrétiennes.

Sachons donc profiter de cette situation, de cette rencontre. Si nous y arrivons, nous pourrons dire à nos enfants que l’immigré a été une chance pour la France. Et lui, s’il s’installe définitivement en France, pourra dire à ses enfants avec fierté, vous êtes Français.

 

 

lien sur le site du Huffington Post : https://www.huffingtonpost.fr/franck-margain/non-a-limmigration-oui-a-limmigre_a_23417953/

image : Gonzalo Fuentes / Reuters

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