Glyphosate : vouloir le bio ce n’est pas bobo !

Le 16 février 2018 à 11 h 13 min, par Franck Margain

La perspective de l’interdiction du glyphosate a déchaîné un tir de barrage habile de la part de l’industrie phytopharmaceutique. Et c’est une chose bien compréhensible dans un contexte d’économie ultralibérale où le profit est un veau d’or. Chaque acteur économique défend tout naturellement ses profits.

Simplement, il y a une chose qui s’appelle la santé des gens, qui devrait primer sur les considérations financières. Et c’est pourquoi je soutiens cette interdiction. Malheureusement, il est triste de constater que certains acteurs du milieu agricole, se sont laissés avoir par l’argumentaire assez fallacieux qui a été développé par les lobbyistes phyto. Et çà et là, des contre-vérités sont colportées avec les meilleures intentions du monde.

Les études scientifiques sérieuses démontrant le caractère à tout le moins probablement cancérogène du glyphosate (N-(phosphonométhyl)glycine) sont qualifiées arbitrairement et sans aucun argument de « prétendues scientifiques ».

On affirme avec beaucoup de certitude que les produits français qui arrivent jusqu’au consommateur n’en contiennent pas de trace, en oubliant juste de rechercher la présence des sous-produits de décomposition, ainsi que les additifs tensioactifs.

On nous oppose l’argument de la distorsion de concurrence avec les autres pays utilisateurs, et on met en avant les intérêts financiers des agriculteurs, mais on occulte les effets toxiques de ce produit sur leur santé… Car il faut le rappeler les agriculteurs sont les premières victimes de l’usage de ces produits chimiques.

On nous dit que le glyphosate n’est pas le seul herbicide utilisé, donc interdire celui-ci n’aurait pas de sens ! Quelle logique ! Sous prétexte qu’il y a une multitude de nuisance, on décide de n’en régler aucune !

On nous dit que le choix se limite à choisir entre l’agriculture biologique avec soi-disant forcément le labour ou le recours à la chimie. Or le choix est très loin de se limiter à ces deux perspectives. Une agriculture dite biologique, ou plus précisément sans pesticide et produit chimique, n’implique pas forcément, et ne devrait même pas d’ailleurs impliquer labour et détérioration des sols. Mais il est vrai que les autres possibilités demandent un recours plus important à la main d’oeuvre humaine, et donc un changement de paradigme social, ce qui défrise les conservateurs. Nous avons en tout cas des agronomes intelligents et inventifs pour nous aider à avancer sur cette voie.

Réclamer une agriculture sans produits chimiques toxiques n’est pas une affaire de bobo verts. Il est vrai que les écologistes de gauche ont profondément abîmé l’image de la préservation de l’environnement. Mais ce n’est pas une raison pour rejeter l’idée. Les agriculteurs ont plus de risque de cancers et de maladies neurologiques que le reste de la population. Comment peut-on accepter cela ?

Au fond, cette affaire du glyphosate nous met tous en face de nos responsabilités. La question qui nous est posée est celle-ci : la santé humaine, celle des consommateurs et celle des agriculteurs prime-t-elle sur l’argent ? Si oui, alors nous devons prendre les mesures qui s’imposent. Et effectivement, non seulement interdire ces produits toxiques chez nous, mais aussi interdire l’importation de produits agricoles qui en contiennent, et surtout réorienter profondément notre modèle agricole. Ca demande du courage politique. Mais c’est réalisable.

 

Franck Margain

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